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Quelques encolures seulement séparent cette place de la Concorde où, le 16 octobre 1793, fut suppliciée la ci-devant reine de France et le Grand Palais où s'ouvre le 15 mars la grande exposition consacrée à Marie-Antoinette.
Quelques encolures et tout un monde puisque, loin des vociférations des tricoteuses et des piques des sans-culottes, loin de l'historiographie du XIXe siècle.../...l'époque témoigne désormais pour la dernière reine de France un intérêt qui tourne, depuis quelques années, au véritable engouement.
(puis l'auteur évoque le spectacle de Robert Hossein "Je m'appelais Marie-Antoinette", et le film de Sofia Coppola, note de BM)... Ces dernières années, les historiens (Simone Bertière avec Marie-Antoinette l'Insoumise, Evelyne Lever en publiant la correspondance de Marie-Antoinette) ont rivalisé de prolixité avec les romanciers.../...
Dans tous ces écrits, à mesure que s'efface la révérence pour la Révolution, grandit la compassion pour la famille royale.../...
Serait-ce que la France ressent toujours une vague culpabilité d'avoir commis l'irréparable vis-à-vis d'une femme qui, sans être irréprochable, n'avait rien fait pour mériter les flots d'ignominie qui se sont déversés sur elle ?.../...
Victime expiatoire d'une tourmente sanguinaire qui broya sans pitié les êtres de chair et de sang au nom de l'amour de l'humanité, Marie-Antoinette n'aura cessé, sa vie durant d'être le jouet des événements, elle qui aurait tant aimé jouir d'un "droit au bonheur" alors inédit.../...
Le paradoxe de Marie-Antoinette est qu'elle a incarné mieux que quiconque l'aspiration de son époque au bonheur intime, et que ses contemporains en ont fait le bouc émissaire de leurs propres égoïsmes.../...
En fait, maintenant que la Révolution n'est plus cette icône intouchable qu'elle était il y a encore trente ans (voir le récent Livre noir de la Révolution française aux éditions du Cerf), Marie-Antoinette s'avère un personnage étonnamment fédérateur. ../...
Bref, Marie-Antoinette, parfait miroir des passions françaises, a de quoi séduire tous les coeurs et tous les esprits, si opposés soient-ils. Et sans doute pourra-t-on bientôt lui désigner la foule des visiteurs de l'exposition du Grand Palais, en lui répétant (en actualisant le chiffre) ce mot que lui adressa le duc de Brissac, le 8 juin 1773, en lui montrant du balcon des Tuileries la multitude qui l'acclamait: "Madame, vous avez là deux cent mille amoureux."
Laurent Dandrieu
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Extrait de Valeurs Actuelles, n°3719, du 7 mars 2008
Exposition au Galeries nationales du Grand Palais, du 15 mars au 30 juin (réservation conseillée)
Rens au 01 44 13 17 17 ou
http://www.rmn.fr/Marie-Antoinette
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