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Sur mai 68, j'ai largement préféré l'émission de Ratier, passionnante, nuancée, fouillée dans l'analyse, passionnée aussi, la saga d'Occident et de ses relations à la fois conflictuelles et en miroir avec les "gauchos". Soral m'a fait piquer une colère comme je n'en avais pas connu à l'écoute de RC depuis les pires émissions de Claude Reichman. C'était un discours de vieux stalinien qui m'a fait penser à la manière dont Pierre Laval avait infléchi la politique de Vichy. J'ai rarement vu un tel mélange de ressentiment, de frustration, de haine de classe et de mépris des élites tenir lieu d'analyse politique. Je n'aimais pas beaucoup le peu que j'avais lu de Soral avant cette émission mais l'avoir entendu pendant plus d'une heure, avec toutes les subtilités de ton, de rythme, qu'apporte en plus la parole, mon rejet est devenu total. Cet homme a malheureusement un impact certain sur les jeunes et, hélas, sur les jeunes étudiants qu'il méprise tant. Et quel dualisme simpliste : les riches et les pauvres, les bourgeois et les ouvriers, le blanc et le noir et pas de couleurs !
J'en parle avec d'autant plus de véhémence que j'ai vécu la même expérience que lui : je suis allée au bout de certaines idées que d'ailleurs il rattache à tort à mai 68, je me suis trouvée coincée, j'ai vu ceux qui s'en tiraient en mendiant un chèque ou un rapatriement à papa, je n'avais pas plus que Soral ce type de soutien derrière moi, mais je n'en ai pas pour autant développé une jalousie à crever. Je me suis rattrapée aux branches comme j'ai pu et j'ai continué d'en rire et d'aimer passionnément la vie. Ce qui signifie que sa démarche à lui n'a rien de vertueux ni de réaliste. Relire ce qu'écrit Nietzsche sur le ressentiment.
Je me battrai toujours contre des types de ce genre qui veulent fonder la politique sur leur frustration parce que c'est le meilleur moyen de bâtir sur du sable. |
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