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Comme tous les forumeurs n'appartiennent pas à une Eglise pratiquant le culte des saints, comme certains s'étonnent des apparents bouleversements du calendrier sanctoral, comme aussi toute une littérature aujourd'hui propose une vision monolithique et bourrée d'anachronismes de l'Eglise, je vais essayer dans ce fil de donner quelques indications historiques sur la question et de répondre à toutes les questions que les uns ou les autres se posent. Ce qui me donne une petite autorité pour proposer un tel fil, c'est simplement que j'ai passé ma thèse sur les vies de saints du haut moyen âge : il s'agissait d'une étude comparative sur la notion de miracle entre l'époque mérovingienne et la nôtre. J'essaierai de répondre à toutes les questions mais je ne promets pas de me laisser entraîner par d'éventuelles provocations !
Que signifie le terme "saint" ? Notons d'abord qu'il s'agit d'un adjectif. Quand nous disons "un saint", "homme" est sous-entendu. C'est tout simple à rappeler mais la conséquence théologique est essentielle : un saint n'est pas d'une autre essence que le commun des mortels. Ce n'est ni un demi-dieu ni un mutant mais un être humain comme les autres revêtu finalement de cette qualité qu'il nous faut maintenant explorer par l'étymologie et par l'histoire.
Le terme français "saint" décalque le latin sanctus, a, um. Nous y reviendrons mais cet adjectif latin n'est pas le premier employé dans l'Eglise. Au départ, il faut lire en grec aghios,a,on et c'est le terme choisi par les "Septante", c'est à dire les traducteurs en grec de la bible hébraïque à l'époque hellénistique, pour rendre l'hébreu qadosh. Dans cette cascade de traductions, il s'est produit des glissements de sens ou, plus exactement, de résonances sémantiques mais le noyau profond ne s'est pas altéré. Il reste qu'il est toujours éclairant de revenir aux sources.
Une très bonne étude se trouve ici :
http://www2.ecolepastorale.com/cahiers/ArticlesOnline?&num_art=193&…
Elle est toutefois incomplète. L'auteur a choisi de s'intéresser au livre comportant le plus grand nombre d'occurences du terme, à savoir le Lévitique. Pour ma part, je préfère souvent chercher la première occurence d'un terme et, dans la Bible, qadosh n'apparaît pas n'importe où : il s'agit de l'épisode du Buisson Ardent en Exode 3,6. Lorsque la voix de Dieu s'est élevée du buisson et que Moïse a répondu "Me voici", suit immédiatement cet avertissement : "N'approche pas ! Retire les sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre <sainte> qadosh." Le premier "saint", ce n'est donc pas un être humain mais un bout de terre. Pourquoi ? Parce qu'elle est habitée de la présence manifestée de Dieu, emplie de la lumière ou du feu incréé. Est "saint", donc, selon Dieu même dans le récit, ce qui est le support d'une théophanie.
Ce noyau de sens ne disparaît pas lorsqu'il est question de la sainteté des hommes. |
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